« C’était ça ou mourir » : Lucide.ai a analysé tout le roman de Thélyson Orélien

Style de l'auteur, écriture littéraire, romans récents : Lucide.ai dit avoir testé les biais avancés contre les détecteurs d'IA. Thélyson Orélien et Grasset démentent tout usage de l'IA.

Stéphane Larue
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Stéphane Larue — rédaction assistée par IA, relue et validée
Stéphane Larue est journaliste et éditeur indépendant spécialisé dans l actualité des médias, du divertissement et de la culture numérique. Fondateur du site stephanelarue.com, il assure...
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« C'était ça ou mourir » : Lucide.ai a analysé tout le roman de Thélyson Orélien
© Grasset

À retenir

  • La société française Lucide.ai affirme avoir analysé les 59 488 mots de C’était ça ou mourir, et classe ses 35 parties comme générées par intelligence artificielle
  • Pour écarter un faux positif, elle a testé des textes de l’auteur antérieurs à 2022, des œuvres littéraires et dix best-sellers de 2026 : tous sont classés humains
  • Thélyson Orélien dément tout recours à l’IA, et son éditeur Grasset dit avoir une « confiance absolue » dans l’auteur
  • Lucide.ai reconnaît elle-même qu’un détecteur ne constitue pas une preuve du processus d’écriture
Au sommaire
  1. Lucide.ai classe les 35 parties du roman comme générées
  2. Trois biais testés : textes de l’auteur en 2013, Sylvain Tesson, best-sellers de 2026
  3. Thélyson Orélien : « Je ne vois pas pourquoi je ferais appel à une machine »
  4. Un premier roman sélectionné pour le Goncourt, le Médicis et le Femina
  5. Pangram, GPTZero, Lucide.ai : ce que les détecteurs ne peuvent pas prouver

Le style de l’auteur, l’écriture littéraire, la production contemporaine : ce sont les trois explications avancées pour contester les détecteurs d’IA dans la polémique qui vise C’était ça ou mourir. La start-up française Lucide.ai, qui commercialise un tel outil, affirme les avoir testées une à une, et les écarte.

Dans un communiqué publié mercredi 23 septembre, elle dit avoir analysé l’intégralité du roman de Thélyson Orélien, et non plus quelques extraits.

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Selon elle, les 34 chapitres et l’épilogue du livre publié chez Grasset ressortent comme générés par une intelligence artificielle, alors que tous ses textes témoins sont classés humains. L’auteur conteste fermement ces accusations.

Lucide.ai classe les 35 parties du roman comme générées

D’après les chiffres de l’entreprise, 34 des 35 parties analysées séparément affichent un taux de contenu généré de 100 %, la dernière de 96,7 %. Quatre analyses sur de larges blocs, de 13 480 à 17 879 mots, aboutissent aussi à 100 %.

La polémique était née plus tôt, sur X, d’un compte anonyme baptisé « Balance ton Claude ». Il avait soumis des extraits du livre au détecteur américain Pangram, qui les classait comme générés par IA.

Lucide.ai dit avoir voulu aller plus loin que ces captures d’écran, en testant l’œuvre entière et en cherchant les causes possibles d’un faux positif.

Trois biais testés : textes de l’auteur en 2013, Sylvain Tesson, best-sellers de 2026

Premier biais examiné : le détecteur confondrait le style de l’auteur avec celui d’une machine. Lucide.ai a retrouvé trois textes de Thélyson Orélien publiés en 2013 et 2014, notamment sur Mediapart et le HuffPost Québec, avant l’arrivée de ChatGPT.

Les trois ressortent à 0 % de contenu généré. Deuxième biais : l’écriture littéraire, faite de phrases courtes et d’aphorismes, ressemblerait aux productions des IA. Des extraits du journal de Sylvain Tesson Une très légère oscillation et de la traduction de Tragédie à l’Everest de Jon Krakauer obtiennent le même résultat.

Troisième biais : l’outil confondrait simplement la littérature d’aujourd’hui avec l’IA. L’entreprise a donc testé environ 5 000 mots tirés de dix best-sellers de 2026, signés notamment Virginie Grimaldi, Pierre Lemaitre, Mélissa Da Costa, Amélie Nothomb ou Guillaume Musso. Tous obtiennent un score humain compris entre 92 et 100 sur 100, contre 0 pour C’était ça ou mourir.

« Un détecteur ne permet pas de reconstituer à lui seul le processus d’écriture d’un livre, mais à ce stade, les hypothèses alternatives que nous avons testées n’expliquent pas le signal observé. »

La phrase est de Thomas Jacquesson, directeur général de Lucide.ai, qui estime que l’édition « va devoir se saisir très rapidement de la question de la transparence sur l’utilisation de l’IA ».

Thélyson Orélien : « Je ne vois pas pourquoi je ferais appel à une machine »

L’écrivain haïtiano-canadien de 38 ans rejette catégoriquement ces soupçons. « J’ai toujours aimé la création et l’écriture, je ne vois pas pourquoi je ferais appel à une machine », a-t-il déclaré à Libération.

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Il avance une explication : des outils mal entraînés sur les traditions littéraires haïtiennes et caribéennes pourraient produire des résultats erronés sur son écriture.

Grasset affiche sa « confiance absolue » envers son auteur. Selon l’éditeur, une première version du manuscrit était achevée dès 2019, avant la diffusion grand public des IA génératives.

Un premier roman sélectionné pour le Goncourt, le Médicis et le Femina

Paru au printemps au Québec chez Boréal, puis en France chez Grasset, C’était ça ou mourir suit Jonas Dorléon, professeur d’histoire-géographie qui fuit la violence des gangs en Haïti. Son exil le conduit à travers douze pays jusqu’au Canada.

L’auteur dit s’être appuyé sur des entretiens avec de nombreux Haïtiens passés par l’exil. Le livre a reçu le prix du Roman Fnac et figure dans les premières sélections du Goncourt, du Médicis et du Femina.

Philippe Claudel, président de l’Académie Goncourt, a appelé sur franceinfo à être « très prudent », disant laisser « toujours le bénéfice du doute ».

Pangram, GPTZero, Lucide.ai : ce que les détecteurs ne peuvent pas prouver

Les détecteurs d’IA mesurent des régularités statistiques dans un texte. Ils ne disent ni qui a imaginé l’histoire, ni comment le manuscrit a évolué, et leurs résultats divergent : sur les mêmes passages, franceinfo avait obtenu 100 % avec Pangram mais 87 % avec GPTZero.

Lucide.ai le reconnaît dans son propre communiqué. Son outil ne peut pas distinguer un roman généré à partir d’instructions d’un manuscrit humain entièrement réécrit par un modèle. Et la réponse définitive, écrit-elle, se trouve dans les brouillons datés et l’historique des versions.

L’entreprise revendique 96 % de précision et 0,3 % de faux positifs sur son propre jeu de test de plus de 11 000 textes. Ces chiffres sont issus de sa propre étude, menée en 2026.

À ce stade, aucune preuve matérielle d’un recours à l’IA n’a été rendue publique. Thélyson Orélien bénéficie du soutien de son éditeur et de nombreuses voix du milieu littéraire.

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Stéphane Larue est journaliste et éditeur indépendant spécialisé dans l actualité des médias, du divertissement et de la culture numérique. Fondateur du site stephanelarue.com, il assure une veille quotidienne sur les sujets d information générale, en s appuyant sur les sources officielles et les communiqués de presse. Il publie également des analyses, des interviews et des sélections éditoriales à destination d un large public.