Stéphane Larue
Médias

Vincent Bolloré devant la commission, le compte rendu de l’audition

Bolloré face à la commission d’enquête : direct sur LCP

Vincent Bolloré a été auditionné ce mardi 24 mars à l’Assemblée nationale devant la commission d’enquête sur la neutralité et le financement de l’audiovisuel public. Pendant près de deux heures et demie, le milliardaire breton a étrillé la gestion des coûts de France Télévisions, défendu ses médias qualifiés de « libres ».

Bolloré a comparu en sa qualité d’actionnaire de Banijay — via Vivendi —, l’un des groupes de production audiovisuelle les plus puissants d’Europe, avec un chiffre d’affaires de 4,8 milliards d’euros en 2024. Le groupe produit pour France Télévisions des émissions emblématiques : Koh-Lanta, N’oubliez pas les paroles, Fort Boyard.

Le président de la commission, Jérémie Patrier-Leitus (Horizons), avait annoncé que le bureau souhaitait entendre « les principaux actionnaires financiers » des sociétés travaillant avec France Télévisions. C’est précisément ce lien financier que les députés ont examiné lors de cette séance.

Le contexte de l’audition

La commission d’enquête a été créée à la demande d’Éric Ciotti, président de l’Union des droites pour la République. Outre son rôle chez Banijay via Vivendi, Vincent Bolloré est actionnaire majoritaire du groupe Canal+, propriétaire de CNews. Les questions des députés ont notamment porté sur les décisions éditoriales de ses médias et la ligne de CNews.

D’autres dirigeants seront entendus dans les prochains jours : France TV Slash comparaît mercredi 25 mars à 19h, France Médias Monde, RFI et France 24 jeudi 26 mars à 9h. Xavier Niel et Matthieu Pigasse (Mediawan) seront convoqués à une date ultérieure.

Le rapport final, rédigé par Charles Alloncle (UDR), sera examiné mi-avril. Le vote est prévu au plus tard le 27 avril 2026. Dans un paysage médiatique en pleine recomposition, ces auditions interviennent alors que l’AFP vient de nommer trois femmes à des postes stratégiques, dont une dédiée à l’intelligence artificielle.

Cette séance s’inscrit dans un contexte de fort intérêt du public pour les audiences TV et les grandes soirées de flux, qui continuent de dominer le paysage télévisuel. L’audition de Bolloré pourrait également relancer le débat sur la place de Cyril Hanouna dans le paysage audiovisuel, dont le transfert sur W9 suscite encore des interrogations. Depuis les plateaux du service public jusqu’aux chaînes privées, l’ensemble du secteur est concerné — y compris des figures comme Olivier Minne, qui a récemment pris les rênes du Meilleur Pâtissier sur M6.

Ce qu’il s’est passé : compte rendu de l’audition

L’audition a duré près de deux heures et demie. Vincent Bolloré, actionnaire de Banijay via Vivendi, s’est présenté en investisseur financier peu impliqué dans la gestion éditoriale. Sa première déclaration a fixé le ton : « Je ne vais pas pouvoir vous dire grand-chose sur Banijay car je ne connais rien. » Sur le plan financier, il a été plus précis : « On a mis 200 millions dans ce groupe et maintenant il doit en valoir 3 ou 4 fois plus. »

« Le problème, c’est le coût »

L’essentiel de son intervention a porté sur la gestion de l’audiovisuel public, qu’il a vivement critiquée. Pour Bolloré, « le sujet, ce n’est pas l’audiovisuel public en lui-même, c’est son coût ». Il a pointé 4 milliards d’euros de dépenses qu’il juge excessifs, en comparant la situation à son expérience chez Canal+, où il dit avoir transformé une perte de 500 millions en bénéfice de 600 millions. Il a suggéré d’autoriser davantage de publicité sur les chaînes publiques pour réduire la dépendance à la dotation de l’État. Interrogé sur Drag Race France, il a refusé de porter un jugement éditorial : « Je suis pour la liberté, ça coule dans mes veines. »

Ses médias « libres » et « déplaisants »

Sur CNews et ses autres titres, Bolloré a revendiqué une ligne éditoriale assumée : « Nous ne sommes pas soumis, nous sommes libres et donc on déplaît. » La députée écologiste Sophie Taillé-Polian s’est indignée d’une « véritable campagne contre le service public » menée dans les médias du groupe. Bolloré a répondu en se posant en victime : « Je suis le bouc émissaire parfait, le paratonnerre idéal. »

La suite des auditions

La commission reprend ses travaux dès le lendemain : France TV Slash est entendue mercredi 25 mars à 19h, France Médias Monde, RFI et France 24 jeudi 26 mars à 9h. Xavier Niel et Matthieu Pigasse (Mediawan) seront convoqués à une date ultérieure. Le rapport final, confié au député UDR Charles Alloncle, sera soumis au vote au plus tard le 27 avril 2026.

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