Une enquête fouillée de Reuters met en lumière des indices troublants sur l’identité de Banksy, pointant vers Robin Gunningham, un artiste britannique de Bristol devenu David Jones. Les pistes mènent jusqu’en Ukraine, où des fresques ont émergé en pleine guerre. Mais l’entourage de l’artiste dénonce une intrusion et conteste les faits, maintenant le voile du mystère intact.
L’artiste de rue Banksy fascine le monde entier par ses pochoirs engagés, anonymes et percutants. Depuis des années, son identité alimente les rumeurs, sans jamais être confirmée. Une investigation de Reuters, menée sur quatre ans, relance le débat avec des preuves accumulées patiemment.
Des indices cruciaux en Ukraine
Tout commence dans le village ukrainien d’Horenka, près de Kiev, ravagé par les bombardements russes en 2022. Des témoins ont vu trois personnes descendre d’une ambulance pour peindre une fresque surréaliste : un homme barbu dans une baignoire. Deux portaient capuches et masques, le troisième, identifiable avec ses prothèses – il s’agit du photographe Giles Duley.
Les journalistes ont recoupé les témoignages et les archives d’immigration. Un David Jones, né la même année que le suspect principal, serait entré en Ukraine le 28 octobre 2022 avec Duley et Robert Del Naja, cofondateur de Massive Attack – un autre nom souvent cité comme possible Banksy, originaire lui aussi de Bristol.
Robin Gunningham, le nom qui revient
L’enquête creuse plus loin, remontant à 2000. À New York, un graffiti artist nommé Robin Gunningham est arrêté pour vandalisme sur un panneau publicitaire. Les archives policières, inédites jusqu’ici, contiennent sa confession manuscrite. À l’époque, Banksy émergeait à peine avec son style signature.
En 2008, après un article du Mail on Sunday liant Gunningham à Banksy, ce dernier disparaît des registres publics. Selon son ex-manager Steve Lazarides, il aurait changé légalement de nom pour David Jones, un patronyme banal au Royaume-Uni. Reuters lie ce Jones aux voyages en Ukraine pile au moment des œuvres.
Réactions hostiles de l’entourage
L’entourage de Banksy n’a pas apprécié. Sa société Pest Control affirme que l’artiste « a décidé de ne rien dire ». Son avocat, Mark Stephens, a supplié Reuters de ne pas publier, évoquant des « comportements obsessionnels » et des menaces. Selon lui, l’anonymat protège la liberté d’expression, essentielle pour critiquer le pouvoir sans représailles.
Banksy contesterait « l’exactitude de nombreux détails », sans confirmer ni infirmer. Robert Del Naja ne serait pas l’artiste, mais un collaborateur occasionnel. Le mystère persiste : Gunningham-Jones est-il vraiment Banksy, ou une piste de plus dans un jeu de dupes ?
Un empire bâti sur le secret
Malgré tout, l’œuvre de Banksy pèse des millions : 250 millions de dollars de ventes secondaires depuis 2015, selon ArtTactic. Ses pochoirs, de Londres à l’Ukraine, génèrent buzz et ventes records. Révéler son visage briserait-il le mythe, ou le rendrait-il plus humain ?
