Ce lundi 7 avril 2026, quatre astronautes sont devenus les êtres humains qui se sont aventurés le plus loin de la Terre dans toute l’histoire de l’exploration spatiale. La mission Artemis II de la NASA a survolé lundi la face cachée de la Lune, accomplissant un exploit inédit depuis 1972. Le survol est désormais achevé.
Le record tient depuis plus de cinquante ans. Il vient de tomber.
À 19h57 heure française ce lundi, le vaisseau Orion d’Artemis II a dépassé les 400 171 kilomètres de la Terre — la distance maximale atteinte par Apollo 13 en avril 1970, lors de son retour d’urgence après l’explosion d’un réservoir d’oxygène. La NASA, Houston et le monde entier ont retenu leur souffle avant d’exploser de joie.
Un moment d’émotion dans le silence de l’espace
Quelques minutes après avoir battu ce record, quelque chose d’inattendu s’est produit. L’astronaute canadien Jeremy Hansen a pris la parole au nom de l’équipage pour proposer de baptiser deux cratères lunaires.
Le premier portera le nom d’Integrity, surnom donné par les astronautes à leur vaisseau Orion. Le second sera nommé Carroll, en hommage à Carroll Taylor Wiseman, l’épouse décédée du commandant Reid Wiseman, emportée par un cancer en 2020.
Reid Wiseman a fondu en larmes. Ses trois coéquipiers aussi. Dans le silence à 406 000 kilomètres de la Terre, les quatre astronautes se sont enlacés.
La face cachée de la Lune pour la première fois
L’observation rapprochée de la Lune a débuté vers 20h45 heure française pour durer environ sept heures. Pendant ce temps, Orion a frôlé la surface lunaire à seulement 6 500 kilomètres, avant de plonger derrière la face cachée.
C’est une première en plus de cinquante ans. Pour la première fois depuis Apollo 17 en 1972, des humains survolent la face cachée de la Lune — et à une distance que personne n’avait jamais atteinte. La Lune apparaît à l’équipage aussi grande « qu’un ballon de basket tenu à bout de bras », selon la NASA.
L’équipage a notamment pu observer à l’œil nu le bassin Orientale — une première pour Artemis II, un cratère vieux de 3,8 milliards d’années, ainsi que les sites d’atterrissage d’Apollo 12 et Apollo 14.
« C’est époustouflant ce qu’on voit à l’œil nu depuis la Lune en ce moment », a radiotélégraphié Jeremy Hansen à Houston. « C’est tout simplement incroyable. »
Qui est à bord d’Artemis II ?
L’équipage qui réalise ce voyage est historique à plus d’un titre. Christina Koch devient la première femme à survoler la Lune. Victor Glover est le premier astronaute afro-américain assigné à une mission lunaire. Jeremy Hansen, lui, est le premier non-Américain à s’aventurer si loin dans l’espace.
Ils ont décollé le 1er avril 2026 depuis le Centre spatial Kennedy en Floride, à bord de la fusée SLS.
La mission dure dix jours. Le retour est prévu pour le vendredi 10 avril avec un amerrissage dans le Pacifique, au large de San Diego. Artemis III et le premier alunissage depuis 1972 sont attendus pour fin 2028.
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La couverture en direct est disponible sur la chaîne YouTube officielle de la NASA. Regardez ci-dessous :
Avant de s’endormir hier soir, les astronautes avaient reçu un message préenregistré de Jim Lovell — commandant d’Apollo 8 et Apollo 13, décédé en 2025. « C’est un jour historique », leur avait-il dit.
L’équipage avait emporté à bord l’emblème de soie de la mission Apollo 8. Un fil qui relie ce vol à la nuit de Noël 1968, quand des hommes avaient contemplé la Lune pour la première fois. Et qui relie aujourd’hui notre premier article sur Artemis II à cet instant de pure histoire.
La suite de la mission
Après le passage derrière la Lune — qui a provoqué une coupure de communications d’environ quarante minutes — Orion a repris sa trajectoire vers la Terre. La gravité lunaire sert de fronde naturelle pour propulser le vaisseau en retour, sans consommer de carburant supplémentaire.
Pour aller plus loin : les grandes rivalités technologiques de 2026 se jouent aussi dans l’espace, entre la NASA et le programme lunaire chinois qui ambitionne de poser ses astronautes sur la Lune avant 2030.
Artemis IV, qui devrait permettre à deux astronautes d’alunir près du pôle Sud lunaire, est désormais prévue pour 2028. Dans un contexte géopolitique mondial tendu, cette course à l’espace prend une dimension qui dépasse la seule exploration scientifique.
Jour 7 — Mardi 7 avril : communications rétablies, cap sur la Terre ✅
Les communications avec Orion ont été rétablies à 1h25 du matin (heure de Paris), après exactement quarante minutes de silence radio. Avant de plonger dans la zone d’ombre, l’astronaute Victor Glover avait transmis un dernier message à Houston : « As we prepare to go out of radio communication… we love you, from the Moon. » — « Alors que nous nous préparons à couper les communications… nous vous aimons, depuis la Lune. »
À la sortie de l’ombre lunaire, les quatre astronautes ont assisté à un lever de Terre — l’Earthrise — cette image iconique que les humains n’avaient plus vue de leurs propres yeux depuis les missions Apollo. Houston a reçu le signal d’Orion à 1h25, confirmant que l’équipage et le vaisseau étaient en parfait état.
La première voix entendue après le silence était celle de Christina Koch : « Houston, nous vous entendons, et c’est tellement bon d’entendre à nouveau la Terre. À l’Asie, l’Afrique et l’Océanie, nous vous regardons. Vous pouvez lever les yeux et voir la Lune en ce moment. Nous vous voyons aussi. »
Ce 7 avril est le seul jour de repos officiel de la mission. Après l’intensité du survol lunaire, l’équipage bénéficie d’une pause bien méritée. Dans la deuxième partie de la journée, les moteurs d’Orion ont effectué avec succès le premier des trois brûlages de correction de trajectoire du voyage de retour — une manœuvre brève mais essentielle pour ajuster précisément le cap vers la Terre.
Orion sort progressivement de la sphère d’influence gravitationnelle de la Lune, à plus de 400 000 kilomètres de la Terre. La gravité terrestre reprend peu à peu le dessus, guidant le vaisseau vers son point d’amerrissage dans le Pacifique, prévu le 10 avril.
Amerrissage prévu le 10 avril au large de San Diego
Le programme prévoit encore trois jours de transit avant le dénouement. Le vendredi 10 avril 2026, la capsule Orion doit amerrir dans l’océan Pacifique, au large des côtes de Californie, non loin de San Diego, aux environs de 20h07 (heure de Paris). À une vitesse de rentrée atmosphérique d’environ 36 000 km/h, le bouclier thermique sera soumis à un test grandeur nature — l’un des enjeux techniques majeurs de cette mission de qualification.
Après récupération par hélicoptère, l’équipage sera pris en charge médicalement à bord du USS John P. Murtha avant de rejoindre le Johnson Space Center à Houston. Un retour triomphal pour quatre astronautes qui auront passé dix jours dans l’espace et repoussé les frontières de l’aventure humaine jusqu’à plus de 400 000 kilomètres de la Terre.





