Artemis II a décollé : le planning jour par jour de la mission lunaire

Quatre astronautes s'envolent vers la Lune pour la première fois depuis 1972

Stéphane Larue
Publié par
Stéphane Larue
Publié parStéphane Larue
Stéphane Larue est journaliste et éditeur indépendant spécialisé dans l actualité des médias, du divertissement et de la culture numérique. Fondateur du site stephanelarue.com, il assure...
11 Min de lecture
11 Min de lecture

C’est désormais une réalité. Dans la nuit du mercredi 1er au jeudi 2 avril 2026, la fusée SLS de la NASA a décollé avec succès du Kennedy Space Center en Floride, à 0 h 35 heure française (18 h 35 EDT). Quatre astronautes sont en route vers la Lune. Voici le guide complet pour suivre ces dix jours de voyage historique.

Un décollage réussi à 0 h 35

La fusée géante SLS — Space Launch System — culminait à 98 mètres sur son pas de tir au centre spatial Kennedy, en Floride. Des milliers de spectateurs massés sur les plages environnantes ont assisté à ce moment d’histoire sous un ciel dégagé, avec 90 % de conditions météo favorables au moment du lancement.

Le décollage a eu lieu à 18 h 35, heure de Floride, soit 0 h 35 dans la nuit de mercredi à jeudi, heure de Paris — avec un léger retard de onze minutes sur l’horaire initial de 18 h 24 EDT. Les équipes avaient dû résoudre un problème de dernière minute sur le Flight Termination System (FTS), le dispositif de sécurité permettant de détruire la fusée en vol si elle dévie de sa trajectoire. Grâce à du matériel hérité du programme navette spatiale, le problème a été réglé à temps.

À bord du vaisseau Orion, baptisé « Integrity » : quatre astronautes. Le commandant Reid Wiseman, le pilote Victor Glover, la spécialiste de mission Christina Koch — première femme à voyager aussi loin dans l’espace — et le Canadien Jeremy Hansen. Ensemble, ils réalisent le premier vol habité en direction de la Lune depuis Apollo 17, en décembre 1972.

Comment la séquence de lancement s’est déroulée

La NASA diffuse la totalité de la mission sur sa chaîne YouTube officielle et sur NASA+. Le replay du décollage est disponible en intégralité.

La séquence de lancement a duré une dizaine de minutes. Les deux boosters à propergol solide ont fourni plus de 75 % de la poussée totale, générant avec les quatre moteurs RS-25 une force combinée de 8,8 millions de livres. Deux minutes et neuf secondes après l’allumage, les propulseurs latéraux se sont séparés avec succès. À huit minutes, l’étage central s’est éteint et s’est détaché. L’étage cryogénique intérimaire (ICPS) a ensuite pris le relais pour placer Orion en orbite terrestre.

Un voyage de dix jours avec plusieurs étapes clés

Le décollage n’était que le premier moment fort de la mission. Dès le jeudi 2 avril en soirée, Orion doit quitter l’orbite terrestre pour son injection trans-lunaire — la manœuvre qui l’enverra définitivement vers la Lune.

Il faudra ensuite environ quatre jours de voyage pour atteindre notre satellite naturel. Dans la nuit du 5 au 6 avril, l’équipage entrera dans la sphère d’influence gravitationnelle de la Lune. Entre le 7 et le 8 avril, Orion effectuera son survol au plus proche du sol lunaire — une image qui restera sans doute dans les mémoires. Puis viendra le chemin du retour : quatre nouveaux jours de traversée, avec au programme un appel vidéo aux astronautes de la Station spatiale internationale.

L’amerrissage final est prévu entre le 11 et le 12 avril.

Le planning complet des 10 jours de mission

Jour 1 — Mercredi 1er / Jeudi 2 avril : décollage et orbite terrestre. Après le décollage à 0 h 35 heure de Paris, l’étage supérieur ICPS a placé Orion en orbite terrestre haute. Les astronautes ont déployé les quatre panneaux solaires du vaisseau, testé ses systèmes et réalisé une démonstration de manœuvres de proximité (« prox ops ») autour de l’étage ICPS — un exercice crucial pour les futures missions avec un atterrisseur lunaire. Première nuit en apesanteur, avec 8 h 30 de sommeil planifié.

Jour 2 — Jeudi 2 avril : injection trans-lunaire (TLI). C’est le moment décisif. Le moteur principal du module de service européen s’allume pour envoyer Orion sur sa trajectoire vers la Lune. Cette dernière grande poussée place le vaisseau sur un trajet en « huit » autour de la Lune. Les astronautes quittent leurs combinaisons de survie orange pour des vêtements confortables. Première liaison vidéo avec la Terre.

Jour 3 — Vendredi 3 avril : correction de trajectoire. Jeremy Hansen prépare et exécute la première des trois petites corrections de cap (« outbound trajectory correction »). Le reste de la journée est consacré aux vérifications des systèmes de bord et à l’acclimatation à l’environnement spatial. L’équipage commence sa routine d’exercice quotidien sur le vélo à volant d’inertie d’Orion.

Jour 4 — Samedi 4 avril : observations et tests médicaux. Vingt minutes sont réservées à la photographie de corps célestes depuis les hublots d’Orion. Les astronautes subissent des examens médicaux et participent à l’expérience AVATAR, qui utilise des « organes sur puce » pour étudier les effets des radiations et de la microgravité sur la santé humaine.

Jour 5 — Dimanche 5 avril : entrée dans la sphère lunaire. Orion entre dans la sphère d’influence gravitationnelle de la Lune — à partir de ce point, c’est l’attraction lunaire qui domine. La matinée est consacrée à des tests des combinaisons de survie : enfilage rapide, pressurisation, installation des sièges en conditions réelles. L’ambiance change à bord : la Lune grossit à vue d’œil.

Jour 6 — Lundi 6 avril : survol de la Lune. Le moment le plus spectaculaire de la mission. Orion passe à environ 6 600 km de la surface lunaire (4 100 miles), côté face cachée — les astronautes perdent brièvement tout contact radio avec la Terre. Depuis les hublots, la Lune apparaîtra grande comme un ballon de basket tenu à bout de bras. L’équipage réalisera des observations à l’œil nu, photographiera le sol lunaire et tentera de capturer de nouvelles images du « lever de Terre », 58 ans après la célèbre photo d’Apollo 8. Si le timing est bon, ils pourraient aussi battre le record de distance humaine établi par Apollo 13 en 1970 (400 171 km de la Terre).

Jour 7 — Mardi 7 avril : jour de repos. Seul jour off de la mission. Après l’intensité du survol lunaire, les astronautes disposent de temps libre. L’occasion de contempler la Terre qui grossit lentement à mesure qu’Orion entame son retour.

Jour 8 — Mercredi 8 avril : préparation du retour. Nouvelles corrections de trajectoire pour affiner la route vers la Terre. Tests supplémentaires des systèmes de bord et liaison vidéo avec les astronautes de la Station spatiale internationale (ISS). L’équipage commence à préparer le vaisseau pour la rentrée atmosphérique.

Jour 9 — Jeudi 9 avril : répétitions de rentrée. Dernière journée complète dans l’espace. Les astronautes révisent les procédures de rentrée et d’amerrissage, remettent leurs combinaisons orange, installent leurs sièges et effectuent les dernières corrections de cap. Tout doit être parfait pour le lendemain.

Jour 10 — Vendredi 10 avril : rentrée et amerrissage. Orion frappe l’atmosphère terrestre à 40 000 km/h. Le bouclier thermique — le plus grand jamais construit — encaisse des températures atteignant 2 760 °C. Une série de parachutes s’ouvre pour ralentir la capsule, qui amerrit dans l’océan Pacifique, au large de San Diego. La marine américaine récupère l’équipage et la capsule à l’aide de plongeurs et d’hélicoptères. Fin de mission — et début d’une nouvelle ère lunaire.

Le site AROW pour suivre la trajectoire en temps réel

Tout au long des dix jours de mission, la NASA met à disposition un outil en ligne baptisé AROW — Artemis Real-time Orbit Website. Ce site propose une visualisation 3D de la trajectoire d’Orion, avec en temps réel la distance du vaisseau par rapport à la Terre et à la Lune, sa vitesse exacte et la durée écoulée depuis le décollage.

Artemis II ne se posera pas sur la Lune — ce sera l’objet d’Artemis III, la mission suivante prévue en 2028. Mais elle constitue une étape décisive : tester en conditions réelles le vaisseau Orion avec un équipage humain, avant le grand saut. Après plus d’un demi-siècle d’absence, l’humanité est repartie vers la Lune. Et cette fois, elle a prévu d’y rester.

Partagez cet article
Publié parStéphane Larue
Follow:
Stéphane Larue est journaliste et éditeur indépendant spécialisé dans l actualité des médias, du divertissement et de la culture numérique. Fondateur du site stephanelarue.com, il assure une veille quotidienne sur les sujets d information générale, en s appuyant sur les sources officielles et les communiqués de presse. Il publie également des analyses, des interviews et des sélections éditoriales à destination d un large public.