À retenir
- Mercredi 14 octobre, l’équipe de Halk TV a publié un message d’adieu sur YouTube, faute d’accès à la régie centrale
- Le fonds public TMSF a confié la chaîne à İbrahim Paşalı, déjà administrateur de Habertürk, Show TV et Tele1
- Le parquet d’Istanbul vise le président du conseil d’administration, Cafer Mahiroğlu, qui rejette toutes les accusations
- Depuis l’intervention de la police à l’aube, l’antenne ne diffuse plus que des rediffusions
Au sommaire
La rédaction de Halk TV n’a pas pu dire au revoir à ses téléspectateurs à l’antenne. Mercredi 14 octobre, quelques heures après la nomination d’un administrateur public, le directeur de la rédaction Suat Toktaş et une partie des salariés ont enregistré une déclaration en studio, diffusée sur la chaîne YouTube officielle de cette télévision d’opposition turque.
La vidéo a été publiée dans l’après-midi. Elle tient lieu de dernière émission pour une rédaction qui diffusait depuis une vingtaine d’années.
Suat Toktaş : « nous n’avons pas pu faire nos adieux à l’antenne »
Dans ce message, Suat Toktaş explique pourquoi l’équipe est passée par YouTube.
« Des centaines de policiers sont venus, la direction du TMSF est arrivée, la régie principale avait été saisie. Nous n’avons donc pas pu faire nos adieux à l’antenne », déclare le directeur de la rédaction.
Il parle d’une chaîne saisie « en pleine nuit » et y voit « la nouvelle normalité de la Turquie ». Le texte lu par l’équipe se termine ainsi : « Nous avons agi avec la conscience de nous tenir du bon côté de l’histoire. »
İbrahim Paşalı, un administrateur déjà passé par Habertürk et Tele1
Un juge pénal a placé la chaîne sous le contrôle du TMSF, le Fonds d’assurance des dépôts d’épargne. Ce fonds public a désigné İbrahim Paşalı pour la diriger.
İbrahim Paşalı a déjà administré plusieurs médias saisis par la justice turque, dont Habertürk, Show TV, Bloomberg HT et Tele1. Selon la presse turque, une réunion entre Suat Toktaş et l’équipe de l’administrateur n’a débouché sur aucun accord.
L’antenne est touchée depuis l’aube. La matinale de 6 heures n’a pas été diffusée et des programmes enregistrés l’ont remplacée, sans aucune annonce aux téléspectateurs.
Cafer Mahiroğlu visé pour 14,4 millions de livres de pots-de-vin présumés
Le parquet général d’Istanbul enquête sur Cafer Mahiroğlu, président du conseil d’administration de la chaîne, pour corruption, trucage d’appels d’offres et blanchiment. Les faits concerneraient des marchés liés à la municipalité métropolitaine d’Izmir.
Dix-sept mandats ont été délivrés et onze personnes placées en garde à vue. Quatre suspects se trouveraient à l’étranger, dont Cafer Mahiroğlu.
L’homme d’affaires rejette ces accusations : « Toutes les allégations sont infondées », a-t-il réagi. Il bénéficie de la présomption d’innocence. Le déroulé de l’opération de mercredi matin est détaillé dans notre article sur la prise de contrôle de Halk TV par la police turque.
Özgür Özel s’est rendu au siège de la chaîne à Istanbul
L’opposant Özgür Özel est venu au siège de Halk TV pour soutenir les salariés. « C’est une chose que seuls les dictateurs font », a-t-il dénoncé.
Mansur Yavaş, autre figure de l’opposition, a dénoncé une « atteinte manifeste à la liberté de la presse ». Le syndicat des travailleurs de la presse DİSK Basın-İş a parlé d’une « intervention inacceptable ».
Halk TV est la troisième chaîne d’opposition confiée au TMSF en un an. Tele1 avait été placée sous administration en octobre 2025, et le site d’information T24 a été bloqué par un tribunal d’Istanbul le 30 septembre.
























