Le ministère américain des Transports entend confier la rédaction de ses textes réglementaires à l'intelligence artificielle pour court-circuiter les délais administratifs.
C'est un changement de paradigme radical qui se dessine dans les couloirs de Washington.
La recherche de la perfection législative semble céder le pas à l'efficacité brute. Selon des révélations du média d'investigation ProPublica, le département des Transports (DOT) prépare activement l'intégration de Google Gemini dans son processus législatif.
L'objectif est clair : automatiser l'écriture des projets de loi.
Cette initiative, poussée par l'administration Trump, vise à dynamiter les lenteurs bureaucratiques habituelles.
Une stratégie du "juste assez bon" assumée au sommet
La philosophie derrière ce virage technologique a de quoi surprendre par sa franchise.
Dans des documents internes, Gregory Zerzan, le conseiller juridique du ministère, ne prend pas de gants. Il théorise l'abandon de l'excellence au profit de la rapidité d'exécution.
"Nous n'avons pas besoin d'une réglementation parfaite", tranche-t-il.
Pour ce haut responsable, l'ambition se limite désormais à produire quelque chose "d'assez bon" pour être exploitable.
L'équation est simple.
Là où des équipes de juristes chevronnés mettaient des mois à peaufiner un texte sur la sécurité aérienne ou routière, l'intelligence artificielle pourrait livrer une mouture quasi définitive en quelques minutes.
Des textes complexes traités comme des rapports de stage
L'enthousiasme gagne certains rangs de l'administration fédérale.
Les projections sont ambitieuses : l'IA pourrait absorber entre 80 % et 90 % de la charge rédactionnelle brute. Le rôle des humains se cantonnerait alors à une simple relecture et correction.
Le but affiché est de faire tomber le délai de production sous la barre des 30 jours.
Pourtant, cette automatisation de la loi soulève des inquiétudes majeures en interne.
La fiabilité des modèles de langage comme Gemini reste sujette à caution, notamment sur des sujets techniques vitaux comme la gestion des pipelines ou la régulation du trafic aérien.
La critique la plus acerbe vient de l'intérieur.
Pour Mike Horton, ancien responsable de l'IA au sein même du ministère, confier la rédaction des lois à un algorithme relève de l'imprudence.
Il compare sans détour cette méthode à l'idée de "confier l'élaboration des lois à un stagiaire".
